Pirouettes
La nouvelle exposition de Linda Sanchez à la galerie Papillon s’inscrit dans le prolongement de recherches menées lors de sa résidence à la cristallerie de Saint-Louis, tout en opérant un déplacement vers des formes plus fragmentaires, ouvertes et hétérogènes. Là où le cristal en fusion imposait un régime de flux continu et de rotation, l’exposition actuelle déploie un ensemble de pièces qui, sans renoncer à cette logique du cycle et de la transformation, introduisent des discontinuités, des écarts et une attention accrue aux surfaces, aux revers et aux états intermédiaires de la matière.
L’accrochage assume une réflexion précise sur la circulation du regard et la cohabitation des œuvres. Au fond de l’espace, une trentaine de toupies en cristal (Les Bousillés, 2025) témoignent de cette longue résidence à Saint-Louis, où l’artiste a travaillé sur ces formes qui "cristallisent" le mouvement, l’équilibre instable, l’effet de répétition et la prise de risque. Une toupie en cristal n’est-elle pas, par nature, un objet paradoxal, sa rotation flirtant à tout moment avec sa possible chute ? Mais pour Linda, la fragilité, le "cassable", deviennent toujours des éléments structurants de l’œuvre, qu’ils soient réels ou possibles, tout autant que les réfractions lumineuses et les ondes projetées au sol lorsque les objets sont mis en rotation. Ici immobiles, elles dialoguent avec une projection vidéo qui les met en mouvement, révélant la richesse de leurs effets cinétiques.
Autour de cet ensemble important s’organisent d’autres séries, comme les carreaux de faïence (Tiles tales, 2026) qui marquent une nouvelle étape dans les réflexions de l’artiste. En s’intéressant non pas à leur face visible mais à leur revers, Linda Sanchez révèle des trames, des logos et des matrices habituellement dissimulés de ces carreaux produits en série. Son geste consiste à enduire puis à poncer le dos pour faire émerger leur structure latente, produisant des motifs à la fois abstraits et profondément ancrés dans une histoire industrielle. Accrochés sans dispositif de dissimulation, les carreaux assument leur statut d’objets trouvés puis transformés par des gestes simples. Leur présentation souligne une tension entre répétitions sérielles et singularité accidentelle, sorte de revers de l’artisanat, rapprochant le travail de Linda Sanchez d’une sensibilité minimaliste et processuelle, qui pourrait aussi évoquer les structures modulaires de Donald Judd et, plus largement, l’histoire d’une abstraction radicale.
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