Critique : Qui pourrait imaginer que sa propre fille soit du jour au lendemain douée de télépathie lui permettant de surveiller tous vos faits et gestes ? Personne. C’est pourtant exactement ce qui arrive à Julia et Tobias qui brusquement voient l’équilibre de leur couple vaciller dans le drame. Là où jusqu’alors les non-dits et mensonges avaient pris une grande place dans leur quotidien, plus aucun secret ne semble possible avec leur adolescente qui entend tous les mots échangés par ses parents.
La Gifle dépeint un couple apparemment parfait sur leur lieu respectif de travail ou à domicile. Marielle, leur fille, soudainement douée de pouvoirs spéciaux à la suite d’une gifle à l’école, se transforme en une sorte de petit bourreau pervers, détentrice de cette terrible capacité à tout savoir de ses propres parents, même en leur absence. La situation est cocasse et finit par devenir totalement insupportable pour toute la famille qui ne peut plus s’autoriser aucun secret. Tout le récit se plaît à jouer avec le comique de situation, dans un climat qui devient de plus en plus poisseux et anxiogène. La Gifle n’est pourtant pas un film fantastique, même si la construction narrative prend appui sur une situation qui sort totalement de la réalité. En ce sens, la dimension irréelle permet au scénario de dérouler, de manière clinique, les dysfonctionnements d’un couple et d’une famille tout entière, rongée par les malentendus et regrets.

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Frédéric Hambalek est un cinéaste prolifique, pourtant peu connu en France. La Gifle a été remarqué au dernier Festival de Berlin 2025, tant il joue avec les conventions. Chacun des personnages est confronté à sa propre vérité, et doit se rendre à l’évidence que son existence n’a jamais été faite que de frustrations et traumatismes enfouis dans la conscience. Le long-métrage invite à l’apaisement, au pardon, et le spectateur ne peut que s’identifier au tragique de la situation, si lui-même a été victime de la télépathie de son propre enfant. Derrière la gravité de la situation, les membres sont emportés dans un tsunami de violence où chacun rend compte à l’autre, et de surcroît à soi-même. D’ailleurs, le scénario ne se prive d’aucune provocation et met les personnages dans un inextricable enjeu d’affects et d’émotions.

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L’originalité du propos est indéniable. Certes, il s’agit d’un film bavard, assez froid dans la mise en scène. Mais la manière dont Frédéric Hambalek filme la destruction de l’équilibre familial est totalement jubilatoire. Le rire cynique n’est jamais loin dans cette fable qui a quelque chose de l’esprit des films de Pasolini. Les personnages se révèlent peu à peu dans cette danse macabre, orchestrée par une capacité certaine à détourner les codes de l’humour et de l’ironie. Finalement, le spectateur rit jaune de cette situation familiale inédite qui brise petit à petit l’équilibre apparent du couple.
La Gifle ne laissera personne indifférent. Le long-métrage revisite les codes du cinéma familial. On pense aussi à des œuvres japonaises qui savent particulièrement démonter, sans bruit, l’apparente quiétude des relations familiales. Et la fin, totalement ingénieuse, remet pour ainsi dire l’église au milieu du village, dans un esprit dont on ne sait si l’on doit pleurer ou se réjouir.













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