CE CINE PREND LA CARTE ILLIMITEE UGC/MK2 ET LA CARTE CIP.
© Malavida
L’ambition cinématographique de Breien semble ici double. D’une part, il s’agit d’attribuer aux objets (matériels comme immatériels) une fonction motrice, presque discursive : par leur valeur et leur déplacement, ce sont eux qui vont éclairer les rapports entre les personnages, attiser les situations de conflit et accorder symboliquement à leur possesseur une position dans les rapports de force qui s’instaurent – voir la longue scène médiane dans la maison du défunt, indéniablement inspirée par l’expérience théâtrale de son autrice. En conséquence de quoi, le film ne propose pas vraiment de personnage principal ; sur ce point, la cinéaste avoue avoir dû longuement batailler avec ses financeurs pour imposer ce choix. D’autre part, s’il est en fait un personnage central, c’est sans doute le « mort » qui, lui, a l’air de bien s’amuser de ses facéties outre-tombe, de peser par sa réussite personnelle sur ceux qui restent (l’éloge funèbre du prêtre lors de l’enterrement qui résonne comme une hagiographie).
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Dans ce tableau de l’éclatement d’une famille, la jeune Hanna – la fille du nouveau « chef de famille » et plus jeune parmi les neveux et nièces – est la seule à attirer la sympathie de la caméra, et assurément celle du spectateur. Dès la séquence des funérailles, son exclamation (un mélange de rires et de pleurs) brise le cérémonial hypocrite d’une solidarité de toute évidence factice. Plus tard, cette forme de rébellion se traduira par un refus de se plier à l’exercice imposé et finira même par « contaminer » son père, ce dernier déclinant in fine le rôle qui lui est échu, au grand dam de son autre fils (un entrepreneur qui rêve de se refaire). Nul doute que se niche également dans le caractère quasi allégorique de la jeune fille, le propre regard d’Anja Breien sur l’évolution positive des mœurs – Hanna défend un mode de vie plus « libre » que ses parents – et les inévitables conflits intergénérationnels qu’ils entrainent. Il y a donc bien quelque signe d’espoir, au fond, dans ce long-métrage qui oscille entre mélancolie (couples qui se désagrègent, craquèlement des liens sous l’appât du gain) et humour grinçant, chacune de ces deux humeurs étant accompagnées par des extraits musicaux de Schubert et de La Pie Voleuse de Rossini. Le recours à de ce dernier morceau, souvent utilisé au cinéma (notamment quelques années avant par Stanley Kubrick dans les séquences les plus farcesques d’Orange Mécanique) est un des clins d’œil que les cinéphiles ne manqueront pas de remarquer. De même qu’une filiation scandinave plus qu’évidente : Ingmar Bergman comme figure tutélaire (Breien l’avait d’ailleurs connu dans ces mêmes années 70 et ce dernier avait beaucoup apprécié le film) et le Thomas Vinterberg de Festen en lointain rejeton.
L’Héritage inscrit plus globalement Anja Breien dans la tradition du grand cinéma d’auteur européen. L’année de sa sortie, le film aura les honneurs de concourir en compétition officielle à Cannes.
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